10ème voyage - 10 septembre 1984
ERSAM est arrivé. Je n'ai pu le voir que très difficilement. Je me souviens d'avoir fait un grand effort pour le voir et même alors, ce que je voyais était une image faible, presque transparente.
Nous sommes sortis en mer. Nous n'avons pas plongé tout de suite. Nous avons vu de grands tourbillons d'eau noire, dense et légère à la surface de la mer. Je ne sais pas si l'eau était noire parce qu'il faisait nuit, ou si elle symbolisait la pollution excessive des déchets que nous avions jetés à la mer.
Lors de ce voyage, je ne sais pas exactement pourquoi nous n'avons parcouru que des parties de la mer perturbées par des forces et des courants effrayants. Je ne peux pas en écrire plus, car bien que le voyage ait été long, tout le temps a été consacré à l'observation des phénomènes qui perturbaient et secouaient la mer. À ce moment-là, il m'est venu à l'esprit que ce que j'ai vu se réfère à ce qui se passera dans les jours qui précéderont l'invasion des continents par la mer. Je crois aussi qu'il m'a été montré comment la mer serait incontrôlable, secouée et impropre à la navigation, sans le travail des frères d'Armat, qui la recomposent et la nettoient chaque fois que nous en abusons.
Dernières précisions
ERSAM est vivant.
Ce travail s'inscrit dans le cadre d'une mission d'assistance qui a débuté il y a 50 ans. ERSAM et ses frères sont des volontaires. On m'a dit que tout le matériel laissé au fond des mers a la capacité de fonctionner pendant encore vingt ans, le temps de déterminer l'avenir de la Terre.
Ils retourneront dans des vaisseaux spatiaux sur leur planète d'origine. On m'a également dit que le corps, qui semblait avoir une forme et une couleur marines, était utilisé pour mieux coexister avec la faune des mers.
Ils partaient. Certains étaient déjà partis. À ce moment-là, j'ai vu des vaisseaux sortir de l'eau. Ils ressemblaient à des plaques très fines en métal argenté, quelque chose d'assez courant.
J'ai aussi appris qu'il serait plus difficile d'établir de nouvelles communications à partir de ce moment-là, ce qui ne veut pas dire qu'il serait impossible d'établir de nouveaux contacts à l'avenir.
En regardant l'ERSAM, j'ai essayé d'apprécier le sacrifice de ces personnes. Volontaires, défiant la vie sur une planète étrangère, ils n'ont absolument rien reçu de nous. Ils n'ont reçu ni lauriers, ni applaudissements, ni prix Nobel pour avoir sauvé la vie sur la planète Terre, en réintégrant des atomes et en transformant des déchets atomiques et des radiations, en empêchant les eaux de la mer de devenir des véhicules de mort, en sauvant la faune et la flore marines.
Devant moi, ERSAM n'avait plus de nageoires ni d'écailles colorées. Il était plus grand que nous, avec une peau pâle, une apparence humaine de terrien, des traits physionomiques parfaits, et seul le filament de lumière restait sur le sommet de sa tête, comme la première fois que je l'ai vu.
Après réflexion, je lui ai demandé comment nous pouvions le remercier ou lui rendre la pareille pour son grand travail. Il m'a simplement dit que ce qu'ils avaient fait, nous le ferions aussi un jour pour d'autres personnes, poussés par l'amour que nous avions progressivement développé à travers les expériences infinies que nous avions vécues tout au long de nos voyages successifs sur le plan physique.
L'AMOUR est le dernier verbe qu'il a conjugué.
Quel est cet amour que je ne connais pas, qui fait que l'on quitte sa maison, ses conquêtes, pour aider des peuples arriérés à ne pas se détruire, au risque d'être soi-même anéanti, et qu'une fois la tâche accomplie, on s'en va comme s'ils n'avaient jamais existé ?
Je garde cette question pour les moments de réflexion, certain que le temps me donnera la réponse, si ce n'est pas ici, ce sera dans l'éternité.
Il faut attendre.
Le médium qui a voyagé avec Ersam